Les tenants de la science et de la religion officielles disent souvent que l'astrologie est maintenant à la mode à cause des conditions sociales confuses dans lesquelles nous vivons et ils interprètent cet intérêt comme un désir enfantin (ou infantile) de savoir ce qui va arriver ou de fuir la responsabilité de choix à faire.
S'il est louable de croire à la science et à la religion officielles et enfantin de chercher son salut ailleurs, il faut expliquer pourquoi ni la science ni la religion n'ont pu éviter ces conditions sociales confuses et pourquoi elles ne proposent pas de solutions efficaces.
On ajoute souvent à ces arguments l'idée que l'astrologie ôte à l'homme non seulement le sens de ses responsabilités mais aussi son libre arbitre en voulant prédire ce qui va arriver.
Il y a du vrai dans cette critique ; trop d'astrologues ne voient en effet dans l'astrologie qu'un moyen de prédire des événements et imposent encore aux gens la croyance en des influences planétaires.
Je dois répéter ici la remarque que j'ai faite sur la différence entre l'astrologie en tant que système de symbolisme et les différentes applications qu'en font les astrologues. S'il est juste de critiquer une application erronée, il est injuste de mettre en même temps en cause l'astrologie en soi.
On peut faire une mauvaise utilisation de n'importe quoi. On ne dit pas qu'il faut arrêter l'étude de la physique ou de la chimie parce qu'on fait partout un emploi dangereux de leurs découvertes.
En médecine beaucoup de gens sont malades par suite de traitements irréfléchis ou standardisées : «l'opération a réussi mais le patient est mort ».
La pratique saine de n'importe quelle science — ou art — exige un grand sens de responsabilité individuelle vis-à-vis de la personne sur laquelle on la pratique. On ne condamne pas la médecine à cause des mauvais médecins.Le rapport planètes-homme ne se base nullement sur une « influence » quelconque venant de l'extérieur et censée imposer quelque chose. Tout comme l'idée scientifique d'objets isolés qui s'influencent mutuellement, ce concept d'influence n'est qu'un résidu des idées du XIXe siècle.
Avant cette période matérialiste, et depuis qu'Einstein a démontré l'erreur liée à une vue mécaniste du monde, l'astrologie ne parle pas d'influence dans ce sens.
L'astrologie ( il faut le répéter souvent pour dissiper les fausses conceptions trop répandues ) est un système qui sert à mesurer la correspondance cyclique entre les cycles planétaires et tous les processus de vie sur terre et dans l'homme.
Cette correspondance existe puisque, même pour la physique moderne, tout est lié dans l'univers.Tout comme les mathématiques, l'astrologie est un système symbolique dont on peut établir le bien-fondé sans se référer au monde extérieur. Ce n'est pas une science empirique mais, comme les mathématiques, elle nous permet de donner une cohérence, un sens logique et un ordre à tout ce à quoi on l'associe et, avant tout, à la physiologie, à la géologie, à la médecine, à l'histoire, à la sociologie et à la psychplogie.
Le ciel est un moyen cosmique de mesure, un modèle archétypique d'ordre qu'on peut juxtaposer à tout système de phénomènes naturels. Ce faisant on peut en avoir une vue nouvelle, plus ordonnée, plus cohérente.
La carte du ciel n'est donc qu'un symbole de mesure. A moins de connaître ce que nous voulons mesurer « une personne « elle ne nous dit rien de concret : elle reste une série de symboles algébriques sur une roue. Jupiter et Mars ne signifient rien de concret à moins qu'on ne sache à quoi on veut symboliquement les lier.
Ce qu'on trouve dans les manuels qui servent de base à trop d'astrologues n'est qu'une collection d'applications traditionnelles des symboles astrologiques, en fonction d'une compréhension ancienne de la nature humaine.
Ces manuels ne traitent pas de l'astrologie en soi, en tant que système de symbolisme, mais seulement de ses applications traditionnelles et superficielles. Dans la mesure où nos connaissances de l'homme et de la vie ont changé, ces applications s'avèrent aujourd'hui tout à fait fausses.
Les mauvaises interprétations des astrologues ne prouvent pas que l'astrologie en soi est fausse. La théorie des quanta qui a bouleversé la physique classique n'a pas non plus démontré l'inefficacité des matlématiques.
Tout comme les mathématiques, l'astrologie reste intacte malgré les changements dans les phénomènes aux-quels on l'applique, puisqu'elle ne s'occupe que de manipulations symboliques.Nous arrivons maintenant à ce paradigme par excellence de l'homme occidental: le libre arbitre.
Philosophes, religieux et scientifiques estiment que l'astrologie nie la liberté individuelle en faisant des prédictions et, en même temps, enlève à l'homme le sens de ses responsabilités.
De nombreux astrologues semblent également avoir un problème en ce qui concerne la polarité liberté-déterminisme.Il faut tout d'abord dire que l'astrologie n'a pas pour but de prédire l'avenir, mais de comprendre le sens de ce qui arrive en fonction de sa destinée et de son développement personnel.
Malheureusement beaucoup d'astrologues passent tout leur temps à chercher à prédire le plus exactement possible dans le temps et dans les faits. Je dis «malheureusement » parce qu'il est impossible de prédire des événements à partir d'un thème de naissance.
Il existe une technique astrologique pour répondre exactement aux questions concrètes ; c'est l'astrologie horaire.
La confusion qui règne actuellement dans la pensée astrologique vient du fait qu'on mélange cette technique et l'astrologie natale qui, elle, s'adresse à des personnes dont les possibilités ne sont pas limitées.
Tout est potentiel dans un thème de naissance ; la réalisation de son contenu dépend de la personne, pas du thème. Rien d'existentiel n'est contenu comme tel dans un thème de naissance ; la personne est libre de vouloir ou non réaliser ce potentiel, quand les phases des cycles planétaires en indiquent la possibilité.
Si elle refuse et si cela pose des problèmes, l'astrologie n'est pas en cause ; qu'on se lève quand le réveil sonne ou qu'on refuse de le faire, le réveil n'en est pas responsable.On ne peut trancher le problème de la liberté individuelle dans l'abstrait.
Dans notre société, personne n'est libre de faire n'importe quoi. Ce qui importe c'est de savoir dans quel but on veut la liberté et de quelle manière, par qui ou pour qui ou quoi on détermine ce but : la liberté est toujours déterminée par quelque chose. Chacun utilise ce qu'il conçoit comme sa liberté d'une manière ou d'une autre et ne rien faire est aussi une façon, une façon négative, de faire quelque chose.Une personne «libre» utilise en général son temps «libre » pour s'adonner, sans but et sans intention significative, à des passe-temps variés qui sont ou traditionnels ou à la mode ou bien qui attirent par hasard son attention.
Ce qu'elle croit être sa liberté n'est qu'un esclavage à des contraintes sociales contre lesquelles elle ne peut se rebeller parce qu'elle ne les voit pas comme des contraintes.
Elle prend l'habitude d'aller au cinéma, d'écouter la radio, de regarder la TV, de voyager ou suit des habitudes plus sophistiquées, plus «cultivées ».
Qu'est-ce qu'elle a gagné spirituellement, essentiellement, en étant libre d'agir comme elle l'entend ? Souvent très peu, si ce n'est gaspiller sa vie et son temps dans des activités improductives qui n'ont aucun rapport avec les besoins vitaux de l'évolution humaine et sont dénuées de sens, spirituellement parlant, ou même pire.La liberté a une valeur réelle dans la mesure où elle nous permet de choisir personnellement le genre, le niveau et la portée de la relation qui nous lie à la société, à l'humanité ou à l'univers. Rester «neutre » ce n'est pas être libre : c'est de l'inertie pure ou de l'auto-destruction ; au mieux cela ne fait que remettre à plus tard un choix inévitable.
Etre libre c'est être capable, sans pressions extérieures ni contraintes intérieures, de donner sa foi à la relation qu'on établit avec une personne, un groupe ou un idéal qui incorporent ou définissent le but qu'on veut poursuivre. Liberté de choix ne signifie pas capacité de faire n'importe quel choix. C'est la capacité de faire un choix en accord avec ce qu'on se sait être, un choix significatif pour réaliser un but que l'on sait ou sent valable.
Le pire esclavage c'est d'être conditionné par son désir d'une liberté sans but.Chaque engagement dans une relation, un groupe ou un but a de la valeur, une fois qu'on l'a accepté comme moyen de se réaliser, comme une phase de croissance. La différence de valeur ne réside pas dans le fait d'être lié ou libre, mais dans les qualités et but des relations ou obédiences qu'on accepte.
Actuellement, pendant cette phase de transition qu'affronte toute l'humanité, la liberté n'a de sens que pour nous permettre de changer les dieux, les valeurs et les buts auxquels nous voulons nous consacrer.
Celui qui ne cherche la liberté que pour s'écouter ou simplement pour se sentir libre, n'a pas encore compris le véritable sens de la liberté.La liberté n'est pas un but en soi, mais seulement un moyen en vue d'une fin. La dignité de l'homme exige la liberté ; mais il n'y a pàs de dignité à être libre sans but précis.
La valeur de la liberté est déterminée par la valeur universelle, la signification vivante d'une relation qu'il faut pouvoir être libre d'établir.
Si l'on comprend la liberté dans ce sens, l'astrologie, loin d'être l'ennemie de la liberté, permet à chacun de mieux comprendre les finalités qu'il doit être libre de poursuivre.L'astrologie prétend qu'il y a une intention derrière l'univers manifesté et que, pour cette raison, chaque thème montre une intention derrière la vie de chacun de nous.
Notre liberté ne réside pas dans le fait de vouloir faire n'importe quoi mais de faire ce qui est nécessaire, à chaque moment, pour accomplir au mieux le but de notre vie.
Le Soi ne peut se manifester à moins qu'il n'y ait des limites qui permettent de focaliser son pouvoir.
D'un côté il y a l'individu qui cherche à s'actualiser, de l'autre les obstacles qu'il rencontre dans sa vie. Or on ne peut devenir un véritable individu si l'on n'est pas contraint de se focaliser, pour que l'esprit diffus puisse se concentrer dans les limitations imposées par la focalisation.
Si l'on lutte contre les limitations, on ne s'accomplit pas ; on se complait dans l'évasion.On comprend maintenant comment, loin d'enlever à quelqu'un le sens de ses responsabilités, l'astrologie le pousse à vivre de manière responsable et selon la vérité la plus profonde de son être. On vit de manière irresponsable quand, à la place de la véritable ipseité, c'est l'ego conscient avec ses désirs changeants qui dirige la vie.
L'astrologie fait perdre le sens de sa responsabilité à celui qui l'utilise uniquement dans le but de favoriser les désirs de l'ego. Mais c'est seulement le mauvais emploi de l'astrologie qui est en cause, pas l'astrologie en soi.
Dans la revue « La Recherche » (N° 140, janv. 1983), J.-C. Pecker dit : «ce déterminisme absolu,. impérieux, inévitable, c'est l'astrologie de tous les temps ». Voilà qui n'est pas exact : dans les temps archaïques d'accord, mais actuellement pour aucun astrologue le caractère et le destin d'une personne ne sont déterminés par les configurations célestes.
Pendant la première moitié de ce siècle, il y avait une certaine ambiguïté dans le langage astrologique, à cause des théories mécanistes de la physique que les astrologues avaient tendance à adopter pour expliquer la correspondance ciel-terre-homme. Mais, depuis Einstein, le mot «influence» n'est plus employé dans un sens physique ou «tangible », puisque la physique ne considère plus les planètes ni la terre ni les hommes comme des objets séparés exercant des «influences ».
Si tout est lié à tout, il y a, au sein de notre système solaire, un réseau de relations dont les changements constants sont mesurés par les cycles planétaires.
La personne n'est plus un objet soumis à des forces, encore inexplicables, extérieures à elle ; elle est une expression particulière de l'univers et doit manifester cette particularité là où elle est née.
Le thème de naissance montre aujourd'hui le tissu de relations au sein du système solaire, tel qu'il est vu à un endroit et à un moment particuliers.
La personne devient une expression potentielle de certains besoins particuliers inhérents au moment de la naissance.
Si elle vit consciemment selon le dessin céleste, elle peut combler ces besoins et remplir sa fonction en tant que partie du plus grand tout qu'est l'humanité, la Terre et enfin le système solaire. Mais, dans ce rapport ciel-terre-homme, tout est potentiel : l'homme est libre d'accomplir sa destinée ou de refuser de le faire. 11 peut se cramponner à son cher libre arbitre et faire fausse route ou chercher à actualiser la qualité de son être essentiel en faisant ce qui est nécessaire, selon le rythme des cycles célestes.
Ces prémisses ne sont pas difficiles à comprendre une fois qu'on accepte l'idée « nouvelle » selon laquelle l'homme et l'univers forment un tout.
L'univers est en nous tout comme nous sommes dans l'univers. L'univers peut avoir un effet sur nous tout comme notre corps peut avoir un effet sur ses cellulesArticle de Alexander RUPERTI -- Extrait de la revue : LE MONDE INCONNU -- N° 45 / Décembre 1983 --
Alexander Ruperti fut un célèbre astrologue (osthéopathe de profession) né le 23 mai 1913 à Stuttgart (Allemagne) et mort le 23 janvier 1998 en Suisse.
En 1984, Alexander Ruperti fonda le Réseau d'Astrologie Humaniste (RAH).