AU FIL du TEMPS

Escroquerie ou sagesse traditionnelle?

planisphere Aux yeux des savants qui la dénoncent à l'envi, par exemple, le grand astronome Paul COUDERC , l'astrologie ne serait qu'une millénaire superstition dont, au 20ème siècle, d'habiles escrocs et charlatans ont su faire à leur profit une affaire d'or.

Il est même significatif de voir une telle indignation suscitée par la survivance actuelle de cette « fausse science ». Aux racines inavouées d'une telle condamnation, on trouverait sans doute, par-delà un souci militant de défendre le rationalisme, une révolte contre l'angoisse, consciente ou non, qu'éveille l'idée effrayante d'un déterminisme inflexible des actions humaines.
Les adversaires de l'astrologie se révoltent en fait contre l'image terrible des hommes qui, leur destin se trouvant « écrit dans les astres », ne seraient que des pantins dont des puissances redoutables tirent les ficelles.
C'est cette peur, cette révolte viscérale qui explique le ton indigné et polémique, se rapprochant bien plus du ton des réunions électorales. que de celui de controverses scientifiques, adopté par les adversaires rationalistes de l'astrologie.

Mais l'astrologie n'est nullement apparue avec les modernes «fabricants d'horoscopes»

Cet art divinatoire a derrière lui une très longue histoire . et il fait même partie intégrante des grandes traditions occultes.

Que dit, par exemple, le ZOHAR des rabbins kabbalistes ?
« ... dans l'étendue du ciel qui entoure le monde, il y a des figures, des signes, par lesquels nous pouvons connaître les secrets et les plus profonds mystères. Ces signes sont formés par les constellations, qui sont pour le sage un sujet de contemplation et de délices. »

Mais nous pourrions citer aussi le traité d'un prêtre égyptien de l'époque romaine, connu sous le nom grec d'HORAPOLLON
«Un serpent qui ronge sa queue et dont le corps est semé d'écailles diverses, désigne le monde. Ces écailles figurent les astres, ornement de l'univers (12ème hiéroglyphe). »

L'astrologue romain MANILIUS écrivait :
« Le destin gouverne le monde, l'univers est régi par une loi inflexible . »

Et bien, avant l'Occident, la tradition indienne ne liait-elle pas la destinée des humains aux lignes directrices du Plan cosmique ?...

Si Saint AUGUSTIN ne croyait pas à l'inflexible déterminisme astrologique, il serait faux de postuler une opposition de nature entre l'astrologie et la tradition chrétienne.
Sainte HILDEGARDE de BINGEN (morte en 1173) n'hésitera pas à l'écrire
« L'homme a en lui-même le ciel et la terre. »

C'était retrouver l'analogie fondamentale entre MICROCOSME et -MACROCOSME, entre le « Livre de l'Homme » et le « Grand Livre de la Nature », entre l'être humain (individuel et collectif) et le cosmos.

Saint THOMAS D'AQUIN, le « docteur angélique », croyait bel et bien au déterminisme astrologique, tout en s'efforçant de sauvegarder le libre-arbitre humain, rejoignant ainsi l'adage astrologique médiéval : ASTRA INCLINANT, NON NECESSITANT (les astres inclinent, ils ne nécessitent pas).
Il écrivait, dans sa SOMME THEOLOGIQUE :
« Les corps célestes sont-ils la cause des actes humains ? Je réponds qu'on doit dire que les corps célestes exercent sur les corps une action directement, et par eux-mêmes , mais ils n'agissent qu'indirectement et par accident sur les forces de l'âme qui animent les organes corporels... »

Même croyance au déterminisme astrologique chez les plus éminents représentants de l'ésotérisme islamique. Citons ces vers d'Omar KHAYYAM (VIè siècle de l'ère chrétienne) :
« Ce bol renversé qu'on nomme le ciel, sous qui rampe et meurt la race des hommes (...) II (le destin) déplace à son gré les pièces impuissantes sur l'échiquier - des jours et des nuits. »
L'astrologie ne pouvait d'ailleurs causer nul heurt dans l'Islam : MEKTOUB « C'était écrit », disent les Arabes...

La Renaissance ne devait nullement marquer l'abandon de la croyance en l'astrologie par les plus grands esprits du temps. Martin LÛTHER n'hésitera pas à préfacer un traité divinatoire de son ami Johannes LICHTENBERGER, et à constater :
« Les signes du ciel sur la terre ne manquent sûrement pas ce fut le travail de Dieu et des anges ils avertissent et menacent les pays et contrées impies et ont tous une justification. »

Il nous faudrait rappeler aussi les paroles que William SHAKESPEARE faisait dire à Cassius dans la tragédie Jules César :
« Les hommes rarement sont maîtres de leur destin. La faute, cher Brutus, n'en est pas à nos étoiles. Mais en nous-mêmes, parce que nous sommes des subordonnés. »

Et il nous faudrait citer aussi le médecin alchimiste rosicrucien PARACELSE, dans ses paragraphes :
« Remarque bien ceci : que vaut le remède que tu donnes pour la matrice des femmes, si tu n'es pas guidé par Vénus ? Que pourra ton remède pour le cerveau sans être conduit par la lune ? Et de même pour les autres ; ils resteraient tous dans l'estomac et ressortiraient par l'intestin et resteraient sans effet. Si le ciel ne t'est point favorable et ne consent pas à diriger ton remède (il s'adressait au médecin), tu n'arriveras à rien. »

L'astrologie fait partie intégrante de l'héritage ésotérique des Rose+ Croix. Voici l'un des épisodes du « Troisième jour » des NOCES CHIMIQUES DE CHRISTIAN ROSENCREUTZ de Jean-Valentin ANDREAE :
« Ensuiie on nous fit visiter l'intérieur du globe. Nous entrâmes de la manière suivante : sur l'espace représentant la mer qui prenait naturellement beaucoup de place, se trouvait une plaque portant trois dédicaces et le nom de l'auteur. Cette plaque se soulevait facilement et dégageait l'entrée par laquelle on pouvait pénétrer jusqu'au centre en abattant une planche mobile ; il y avait de la place pour quatre personnes.
Au centre il n'y avait, en somme, qu'une planche ronde ; mais quand on y était parvenu, on pouvait contempler les étoiles en plein jour. Je crois que c'étaient de pures escarboucles qui accomplissaient dans l'ordre leur cours naturel et ces étoiles resplendissaient avec une telle beauté que je ne pouvais plus me détacher de ce spectacle. »

L'astrologie n'a nullement disparu à l'époque actuelle. Ce simple fait n'est-il pas significatif ? Il n'y a plus de postillons (car les diligences ont disparu), mais... il y a encore des astrologues. Ce n'est sûrement pas le hasard qui en a décidé ainsi.

Que conclure ?
Nous pensons que, loin d'être une « superstition », l'astrologie traditionnelle, à ne pas identifier aux horoscopes préfabriqués et industrialisés, correspond à une réalité cosmique profonde.


Article Extrait de la revue : LE MONDE INCONNU -- 1981 ( Non Signé) --


 

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